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LA
THÉORIE DU GRAIN DE SABLE
Madame Gruda,
Dans votre éditorial
du 10 septembre 1998, intitulé "Les tartes",
vous avouez votre réel désenchantement face aux
"entarteurs", "ces militants anarchos-pâtissiers
qui prétendent canaliser la désillusion populaire
face aux politiciens et autres grands de ce monde".
Vous dites, entre
autres, qu'ils ne sont plus drôles du tout, et que, contrairement
au défunt Parti Rhinocéros, les entarteurs n'ont
rien à dire. À en juger par le ton de votre texte,
ce dernier point vous scandalise totalement.
En politique, l'image
c'est très important. La preuve en est que chaque politicien
est entouré d'une équipe de spécialistes
voués à la bonne présentation du personnage.
Cette équipe lui dicte quoi dire à quel moment,
quels mots utiliser, quel costume porter, avec qui se faire photographier,
quelle attitude adopter, qu'est-ce qu'il doit cacher ou mettre
en valeur de sa vie privée, etc. Vous n'êtes pas
sans savoir que la politique est avant tout une histoire de stratégie
et de marketing. Un politicien, c'est un produit.
Lorsque messieurs
Bourque et Duchesneau déambulent dans les rues de Montréal,
accompagnés de journalistes et de partisans, tout est calculé
dans les moindres détails pour qu'ils aient l'air crédibles,
pas stupides.
Ce qui est à
mon avis très drôle, pour ne pas dire pertinent,
dans le travail de mes sympathiques terroristes dadaïstes,
c'est que chacune de leur actions est un grain de sable dans la
mécanique bien huilée de ces machines à créer
des images publiques. Ça déroute les plans parce
que, voyez-vous, personne ne peut avoir l'air convenable avec
un pouce de crème dans la face.
Un politicien qui
reçoit une tarte au visage en pleine campagne électorale
est aussi drôle qu'une mariée qui "s'enfarge"
dans sa robe, ou qu'un éminent conférencier qui
déboule les marches de son podium. Ce sont des situations
tout aussi amusantes qu'inoffensives.
Et pour ce qui
est du "scandaleux" fait que les entarteurs n'ont rien
à dire, je ne puis que constater qu'ils ont tout de même
réussi à déclencher un éditorial dans
un journal sérieux. Je m'explique ce curieux phénomène
par le fait que, ce jour-là, madame Gruda, c'est vous qui
n'aviez rien à dire.
Mais ne vous en
faites pas, le ridicule n'a jamais tué personne.
Frédéric GAGNÉ
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