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Archives: Articles de Presse

Le Devoir 3 Juillet 1998

C'EST PAS DE LA TARTE

I1 fallait s'y attendre, on a fait grand cas dans les médias du défilé de la Saint-Jean. Pas tellement à cause de l'événement en soi. Mais bien plutôt à cause de la présence problématique d'un dénommé William Johnson.

Cet individu élevé par certains commentateurs au rang de porte-parole d'une minorité dont les droits seraient bafoués est devenu en l'espace d'un mois une sorte de nouveau Jean Charest.

Il ne sauvera pas le Québec d'un désastre économique appréhendé, cet ancien élève des Jésuites au style cauteleux, mais il l'aidera à s'autoflageller. Pourquoi faire tant de cas d'un agitateur somme toute tout à fait médiocre? Allez savoir.

Un immense éclat de rire devrait ponctuer ses déclarations. Quand il dit à la télévision que les «Canadiens français» sont un peuple accueillants qu'ils ont le respect des autres, on pourrait au mieux se taper le cul par terre.

Quel besoin a-t-on d'un accessit venant d'un petit activiste? Tout le monde sait que s'il distribue ainsi ses louanges c'est pour mieux indiquer qu'il nous aime obéissants, prêts à rentrer dans le rang, prêts à écouter tous les soirs les entrevues de Robert-Guy Scully avec un troisième couteau de quelque famille royale et à les trouver admirables, prêts à estimer que les propos racistes répétés ad nauseam dans la presse canadienne de Montréal à Vancouver au sujet des Québécois et de leur fragile projet d'indépendance ne sont pas tellement significatifs.

On lui a lancé au visage une tarte à la crème. De quoi inaugurer un nouveau produit, la Johnson Cream Pie. Diantre! il devait être aux anges. C'est ce qu'il souhaitait, le Johnson. Rien ne flatte mieux un excité qu'une publicité gratuite.

Il aurait pourtant suffi de brandir sous son nez des pancartes sur lesquelles on aurait scotché des extraits des textes sans nombre qu'il a publiés dans The Montreal Gazette pour qu'il comprenne qu'avec cette prose-là on ne prépare pas son entrée dans une fête populaire dont l'existence même a à voir avec l'expression d'une certaine fierté.

Avec un peu d'esprit d'à-propos on lui aurait même récité du Gaston Miron. Rarement geste aussi bas aura-t-il passé presque inaperçu. Pour être gentils, nous le sommes. Il fallait lui hurler d'indignation quelques poèmes d'une éclatante beauté plutôt que de lui écraser en pleine figure une tarte à la crème. On ne répond pas de cette façon à la bassesse.

Nous voilà donc pris avec une nouvelle vedette. Espérons que l'effet ne durera pas. Connaissant l'individu, il ne devrait pas tarder à commettre quelques bourdes supplémentaires. J'ai dit qu'il a le style jésuite, qu'il est rusé, mais il est aussi fort naïf.

Cela n'empêchera probablement pas qu'on lui trouve des excuses dans certains médias. Parfois, on ira même au-devant. Après l'avoir présenté comme un observateur valable d'une situation québécoise qu'il voit à travers un prisme souvent déformant, on accentuera l'importance d'une injustice réelle
ou imaginaire qu'il aura dénoncée.

Après tout, n'est-il pas en quelque sorte sacré représentant d'une supposée minorité?

Pourquoi se gênerait-on? Il faut savoir à qui appartiennent les médias. Quels intérêts ils servent. Puisqu'il est maintenant admis que le projet d'indépendance du Québec est en veilleuse, puisque le Parti québécois qui devrait en parler tous les jours préfère s'en tenir au déficit zéro.

On a presque réussi à répandre dans la population que l'autonomie du Québec est une idée d'inspiration désuète, sorte de combat d'arrière-garde. Alors que le Canada de Jean Chrétien est un pays de tolérance et d'ouverture d'esprit.

D'un côté, le risque, les dérives, les tentations de totalitarisme. De l'autre, la sûreté d'appartenir à un pays incertain mais tout de même fort grandissant dans l'ombre d'un voisin aussi omniprésent que protecteur.

Et je te mets des feuilles d'érable par ci, des feuilles d'érable par la. Dès les premiers jours de son arrivée au Québec, l'immigrant sait que c'est le pays à l'unifolié rouge qui l'a accueilli. Imbu d'un esprit de reconnaissance tout à fait explicable, il blâmera les irresponsables et les ingrats qui dans un tel pays de Cocagne parlent de séparation.

La fête du Canada s'accompagnait cette année de cinq jours de célébration. Pourquoi pas 10? Pendant ce temps, même William Johnson exprime des idées quant au défilé de la Saint-Jean. Il le trouve trop nationaliste, le pauvre chou. Peut-être voudrait-il qu'il soit bilingue et qu'il se déroule dans le West Island? Il le dirait, je n'en serais pas outre mesure surpris, et on l'écouterait sans rire.

Au Québec, on sait à peine lancer des tartes à la crème.


Gilles ARCHAMBAULT
 
 

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